Je vous écris depuis la Grèce

Pour cet article, j’ai choisi de partager le texte de ma newsletter du mois d’octobre. Une lettre où il est question du voyage en tant qu’élément possible du processus de création :

C’est de Grèce que je vous adresse cette nouvelle newsletter.

Je vous écris depuis la petite maison que nous habiterons une grande partie de l’année, d’ici environ un an et demi, si les choses se passent comme prévu.

Devant moi, la mer, le ciel, les oliviers et la vigne et la double perception d’un paysage à la fois immuable, immobile et silencieux, et celle d’un mouvement permanent : celui de la lumière de la mer et du ciel qui change d’heure en heure, celui des feuilles argentées des oliviers animés par le vent, celui des sons qui nous parviennent en haut de la colline .


Ce paysage est pour moi l’occasion de partager quelques réflexions sur d’autres aspects du processus de création dont je n’ai pas parlé jusqu’alors.

Un des éléments qui peut nourrir ce cheminement est le voyage. Pour moi cela s’est vérifié, et plusieurs séries de mes œuvres ont vu le jour suite à des voyages.

Carnet de voyage. La Crète.

Le voyage, en effet, peut induire un état de présence attentive : la surprise, l’inattendu, la nouveauté stimulent notre capacité à regarder les choses avec acuité. Certains chocs visuels, olfactifs ou autres peuvent déclencher un élan de l’imagination créatrice et se déposer dans un lieu intérieur d’où ils émergeront en temps voulu sur la toile ou le papier, peut-être au moment où l’on ne s’y attendra pas et sous une forme parfois inattendue.

Le changement d’environnement, une langue autre, des rapports humains différents, tous ces éléments permettent de développer un changement de perspective, de sortir d’une certaine vision des choses tenue pour acquise. Et cela fait partie des dispositions requises pour être dans une démarche véritablement créative.

Notre relation avec le réel se construit alors dans un double mouvement d’accueil du nouveau et de présence de la mémoire. Nous sommes traversés par des impressions, des images, des affects qui contribuent à enrichir l’humus sur lequel se développera la création future. Celle-ci se nourrira en même temps de tout le matériel non conscient qui nous habite et du monde imaginaire qui nous est propre.

Le travail de combinaison de cet apport nouveau d’innombrables données hétéroclites, de leur mise en relation, puis celui de la décantation nécessaire pour aboutir à une œuvre se poursuivra alors plus ou moins souterrainement, au cours d’une véritable gestation.              D’où l’importance de laisser au temps la place qui lui revient et celle de préserver au cœur du travail de création l’espace nécessaire à la contemplation et au silence.                    Parfois résister à la pression de l’urgence de faire !

Et alors, on aura su attraper une parcelle de la réalité, celle qui nous parle, nous touche et trouve un écho singulier en nous-même, en espérant qu’elle résonnera, telle une harmonique, chez quelques autres !

Pour ne citer qu’un seul exemple, le « phénomène » des chaises, en Crète, a provoqué en moi la mise en forme d’un travail récurrent sur ce thème.

Chaises touchantes, conviviales ou solitaires, habituées des salons de plein air en rase campagne, édentées ou tripes à l’air, les chaises crétoises m’ont fascinées par leur poésie de tous les contextes !

 

 

« Le mystère seul I »  technique mixte sur toile   81 x 116cm   novembre 2012

 

Collage sur papier  20 x 33cm  avril 2012

 

« Notre souffle et le chant des cigales »  Technique mixte sur toile  50 x 50 cm  aout 2013

Ceux qui désirent approfondir certains aspects de cette thématique peuvent aller lire  ces deux  articles de mon blog :  L’enfance du regard et La peinture est un voyage.

 

 

 

 

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Un œil qui veille voit

« Un œil qui veille voit.

L’éclat de la splendeur qui brille dans la nuit, qui peut le voir?

Un cœur qui a des yeux et veille.  »

Angélus Silésius.

 

Petit récit en images d’une semaine de stage…

 

Me voici de retour après la semaine d’immersion dans la peinture que j’ai animée en Bourgogne, au Château de Joudes Saint-Amour du 9 au 16 septembre.

 

Une semaine riche en découvertes, en émerveillements quotidiens devant la beauté des choses et de la nature, une semaine d’échanges humains et d’apprentissages artistiques.

Et surtout un temps privilégié pour apprendre à voir, à regarder ce qui nous entoure avec une attention toujours en éveil, avec un « cœur qui a des yeux », avec « un œil qui veille ».

Et puis une consigne en filigrane : jouer, explorer, essayer !

Retrouver une attitude d’ouverture et d’émerveillement, d’étonnement devant ce que l’on rencontre et qui nous rencontre. Retrouver l’enfance en nous, et se laisser surprendre par des odeurs, des textures, des saveurs et des couleurs. Se perdre dans la contemplation des choses, rejoindre l’intime de ce qui nous touche.

 

Chaque matin, avant l’installation dans l’atelier, nous partons  pour une petite promenade au cours de laquelle nous allons sentir, écouter, regarder, nous imprégner du silence habité de la nature environnante et observer les formes et les couleurs qui nous entourent.

Promenades au cours desquelles nous collectons des éléments organiques, des « trésors » propres à l’inspiration, des matières, des formes et des couleurs !

Sur la table, une palette végétale…

 

Silence : On créé !

 

 

Avant le début de l’atelier, certaines passionnées démarrent, toutes lumières éteintes !

Venue de la cuisine, une nature morte s’invite sur la table de travail. Inspiration oblige !

Ce petit récit se termine. Le processus entamé  par les passagères du voyage lui, ne fait que commencer et je souhaite à toutes qu’il se poursuive passionnément !

A l’année prochaine avec ceux qui le souhaiteront, pour de nouvelles aventures, dans ce cadre merveilleux du Château de Joudes.  Un lieu rare par la qualité de l’accueil que l’on y reçoit, alliée à celle du cadre naturel qui l’entoure.

Ici, beauté  et bonté s’harmonisent pour que les choses puissent se faire dans les meilleures conditions et tout cela contribue grandement au succès des entreprises qui s’y succèdent au long de l’année.

Une fois encore, un immense merci à l’équipe du château !

Et pour terminer, une phrase de Léonard de Vinci :  » Regarde attentivement, car ce que tu vas voir n’est plus ce que tu viens de voir « .

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Deux belles expositions, un trait d’union

Cet été, il m’a été donné de visiter deux expositions exceptionnelles, tout près de chez nous.

Une première exposition, à Gaillac, dans le Tarn : Il s’agissait des Trésors du Musée d’Art de Pékin :  » Au cœur des montagnes et des eaux, l’art et la vie des lettrés chinois, du 17ème au 20ème siècle ».

 

 

Et puis une deuxième exposition, qui se tient dans le petit village de Rieupeyroux, dans l’Aveyron : un ensemble d’œuvres de Pierre Alechinsky intitulé : « Plan de vol et autres voyages ».

 

 

 

J’ai été éblouie par la richesse des œuvres présentées au Musée de Gaillac le long d’un parcours thématique nous faisant approcher l’univers des lettrés, au travers d’objets, de peintures, de calligraphies. Pas moins de 140 peintures et objets d’art précieux, sortant pour la première fois, pour la plupart d’entre eux, du Musée d’Art de Pékin, et montrant comment cet art s’inscrivait dans un paysage intellectuel très riche.

Un univers où la philosophie, la religion et la culture occupaient une place essentielle.

Voir les œuvres que j’avais pu admirer jusqu’alors seulement en photo m’a procuré une grande joie : ce qui émane des originaux, comme toujours, est bien différent de ce que peut apporter une reproduction, même d’excellente qualité.

D’immenses rouleaux déployés dans leur intégralité, fait extrêmement rare, sont exposés dans des vitrines conçues spécialement pour l’occasion. De même que toute une série d’améliorations techniques concernant l’hygrométrie, l’éclairage etc…ont été apportées au Musée pour recevoir cette exposition exceptionnelle accueillant de tels chef d’œuvres.

Subtilité, force, élégance… un art qui me parle et me nourrit,  et dont la place importante qu’il donne à la nature :  paysages,  montagne, eau , fleurs et plantes, trouve un réel écho en moi.

 

La deuxième exposition que j’ai eu le bonheur de découvrir, à Rieupeyroux, dans l’Aveyron, plus modeste dans ses dimensions, mais fort intéressante, était consacrée au peintre Alechinsky.

Son titre : « plan de vol et autres voyages ».

Pierre Alechinsky, fidèle à ce village et à ses habitants qui l’avait accueilli et protégé au moment de la guerre, a lui-même participé à la conception de l’exposition, prêtant certaines des œuvres de sa collection personnelles jamais exposées.

Notamment ces trois très grandes et très belles eaux-fortes :

Ainsi, l’exposition permet-elle  de découvrir un ensemble magnifique d’eau-fortes, de lithographies, et de travaux à l’encre et acrylique sur cartes anciennes de géographie ou de navigation aérienne.

Pour le peintre, « Dessiner sur des cartes de géographie, c’est d’abord lire des formes en termes de taches et de lignes capricieuses, et c’est surtout le plaisir de monter à bord d’un pinceau caboteur, de longer les côtes et figures ».

Et puis, entre autres travaux présentés, 5 lithographies et 7 planches reproduisant les 63 encres de Chine illustrant le poème de Blaise Cendrars : Le Volturno

Le volturno n’est pas ce que l’on pourrait croire : un vautour

C’est un simple bateau avec une cargaison

 

De peaux de veau, d’émigrants, de poutres de fer

De minerais, de volailles et de pauvres diables

 

Parmi les passagers qui sont dans l’entrepont

Se trouve aussi, au bord du rouf, tout au fond,

 

Le poète, qui avec un crayon au doigt

Noircit le cahier grand ouvert dans sa tête

 

Soumis à son destin qui l’a conduit là-dedans

Il voudrait profiter du milieu et du temps

 

Pour essayer une suite de petits tableaux

Sombres, louches, rauques, troubles à la manière de Rembrandt

 

Donc, le Volturno est un très mauvais bateau

Lent, rouillé, rabistoqué, rafistolé

 

Les hommes d’équipage ont l’aspect du bateau

L’un est manchot, l’autre borgne, un autre sourd

 

Le capitaine est toujours saoul et se lieutenants

Font la cour aux trois quatre Juives de passage

 

 

Reliant ces deux univers, le trait d’union…du trait !

Dans la peinture chinoise comme dans le travail d’Alechinsky, le trait est une constante, un élément primordial.

« Rappelons que pour les Chinois, le trait n’est pas une fin en soi. De même, ne saurait-il être perçu comme une simple ligne. Il est au contraire une entité vivante, impliquée dans une structure d’ensemble qui entend rendre compte de l’univers en son entier : où l’homme n’est pas séparé du cosmos, ni le fini de l’infini ; où la palpitation secrète de chaque chose concourt à vérifier une sorte de respiration universelle. » François Cheng in «  Chu Ta, Le génie du trait ».

Et cette phrase d’Alechinsky montre le prix qu’il attache à cette  « entité », le trait :

« A la pointe de mon pinceau , il m’arrive -je vis pour ces moments-là- d’inventer un trait. Douceur, partage : reconnaitre un trait !  »

Le trait se prête à toutes les variations et conduit à toutes les autres formes. Il est le reflet de ce principe structurant qui semble être à l’origine de la formation de tout ce qui existe.

Je finirai ce petit article par une citation de Shitao, peintre chinois du 18eme siècle, auteur du célèbre traité sur la peinture  » Les propos sur la peinture du moine Citrouille-Amère ».

Au milieu de l’océan de l’Encre, établir fermement l’Esprit; à la pointe du Pinceau, que s’affirme et surgisse la Vie ! Sur la surface de la peinture opérer la Métamorphose ; au cœur du Chaos s’installe et jaillit la lumière ! A ce point, quand bien même le Pinceau, l’Encre, la peinture, tout s’abolirait, le Moi subsisterait encore, existant par lui-même. Car c’est moi qui m’exprime au moyen de l’Encre et non l’Encre qui est expressive par elle-même; c’est moi qui trace au moyen du Pinceau et non le Pinceau qui trace de lui-même. J’accouche de ma création, ce n’est pas elle qui pourrait accoucher d’elle-même.

(…)

Elisabeth Poiret  Encre et fusain sur papier  50 x 65 cm  aout 2018

 » Or je parle avec ma main, tu écoutes avec tes yeux… » Shitao

 

 

 

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Ici au bord du monde

J’ai été touchée par un petit texte de Jeff Foster que je retranscris ici pour accompagner quelques nouvelles œuvres du mois de juillet, des encres et des collages sur papier.

 

Ce lieu étrange 

Pouvons-nous nous rencontrer au delà de nos histoires

dans un lieu au delà des attentes,

et nous tenir là ensemble ?

 

Pouvons-nous nous rencontrer au delà du rêve du lendemain,

et redécouvrir ce qui est ici aujourd’hui,

de sorte qu’aujourd’hui devienne demain sans effort ?

 

Ne nous sommes pas toujours rencontrés comme ceci,

Ici au bord du monde,

où tout est possible ?

Ce lieu étrange semble si familier.

 

 

Pastel et collage sur papier   30 x 24cm   juillet 2018

 

 

Collage, encre, pastel, sanguine. Tampon imprimé.  30 x 24 cm    juillet 2018

 

 

 

Encre sur papier  105 x 75 cm   juillet 2018

 

 

 

Encre sur papier 105 x 75 cm  juillet 2018

 

 

Collage et fusain sur papier   30 x 24 cm   juillet 2018

 

 

Collage encre et fusain sur papier   30 x 24 cm    juillet 2018

 

 

 

Encre sur papier   56 x 76 cm   juillet 2018

 

 

 

Encre et fusain sur papier   56 x 76 cm   juillet 2018

 

Collage sur papier    30 x 24cm    juillet 2018

 

 

 

 

 

 

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Deux collages, deux poèmes

Aujourd’hui, au menu :

deux collages tout neufs, deux poèmes tout frais écrits, qui se répondent et se marient.

Paul Villain a composé les textes qui accompagnent ces photos, en écho à ce que ces deux œuvres sur papier évoquaient pour lui,  l’univers poétique que lui suggéraient ces collages.

Une fois encore, poésie et peinture se répondent et entrent en résonance. Ni illustration, ni description. Une ouverture supplémentaire offerte en partage.

 

Collage sur papier    30 x 24    Juillet 2018
(Fusain, pastel, encre, collage de papier travaillé à l’acrylique et déchiré).

 

Court la fatigue autour du feu brûlant
À chaque lancer son propre vol libre
Il n’y a rien de plus que la minute pure de ce vol
La brûlure comme autre raison de fraterniser

Aller à la plus étroite des voies de liberté
À cette chanson courte comme un captif
Vers cette heure blanche, libre de sa fuite
Aller dans le voyage indépendant

Autour du feu pâle de la pause
Chaque argile devient bronze
À la lumière des flammes
Fascinante conquête de l’imaginaire

 

Collage sur papier  24 x 30cm

 

Psaumes à la Vierge rouge pour arrêter le vent
Couvrir la journée avec des puits de brique                                                                                       Âme ridée au soleil en route vers la mer                                                                                           Une rivière sortira du mur le long de la paroi

La nuit, le toit du ciel s’élève brusquement.
Les colombes tombent dans la lune pâle
Le thé passe sous les roses
Les flambeaux sont un feu ardent

La rivière coule sous les ailes des oiseaux
Les grenadiers se sentent plus beaux que jamais
Quatre étoiles offrent leurs geysers
En hommage à toute cette lumière brûlée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’atelier, l’athanor…et quelques encres

Un petit coin d’atelier où se concoctent les encres du moment.

 

…Que voici (quelques unes) :

 

Encre et fusain   50 x 70 cm    juin 2018

Encre et fusain  50 x 70 cm  juin 2018

Encre et fusain  50 x 70 cm  juin 2018

Encre, fusain et collage de papier travaillé à l’acrylique    50 x 70 cm       juin 2018

Et pour finir, voici des fleurs : fleurs blanches du seringa, fleurs rouge-corail du grenadier.

 

 

 

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Passer pour vivre.

 

 

 

 

 » Apatrides, sans foyer.

Ils sont là.

Et ils nous accueillent

Généreusement

dans leur regard fugitif,

nous les oublieux,

les aveugles.

 

Ils passent et ils nous pensent. »

 

Extrait d’un poème de Niki Giannari : « Des spectres hantent l’Europe ».

Ce texte dans son entier accompagne en voix of un documentaire tourné dans un camp de migrants en Grèce. Il compose la première partie d’un livre de Georges Didi-Huberman (Passer quoi qu’il en coûte aux Éditions de Minuit) ) qui a intitulé la deuxième partie de cet ouvrage : « Eux qui traversent les murs ».

Je n’ai pas encore vu le film. J’ai lu le livre, très intéressant et très riche, ouvrant de multiples pistes de réflexion autour de cette problématique.

Ici, je voudrais simplement témoigner, avec des mots très simples et une pensée moins élaborée que celle de cet auteur, de l’écho profond que provoque en moi la vision de ces hommes, femmes, enfants qui passent, qui fuient des vies  impossibles… et se heurtent à des conditions et des lois qui font d’eux des parias, des hors-la-loi, des êtres indésirables et menaçants.

Des autres nous-mêmes qui sont barrés dans leur élan pour trouver un lieu décent où vivre, à cause de frontières nées d’un partage de territoire arbitraire et d’une lutte féroce pour s’approprier « sa » place.  A quand  la fluide circulation des hommes sur cette terre… que nous ne possédons pas et qui est censée appartenir à tous ?

Ces autres nous-mêmes qui sont dépossédés de leur visage d’humain unique et singulier, pour n’être alors que des possesseurs de papiers en règle , ou non.

Bouleversée par ces conditions de survie, je le suis aussi par cette incroyable force de vie qui anime ces hommes qui passent, ce désir envers et contre tout de rejoindre un ailleurs vivable qui les anime, cette détermination admirable.

Et comme toujours, je suis profondément touchée par les enfants, leur indomptable énergie de vie et, quelles que soient les désastres environnants, leur capacité à jouer et à rire malgré tout, même si les peurs et les chagrins ne leur sont pas épargnés.

Merci à tous ces pionniers qui vont de l’avant et nous donnent l’exemple du mouvement, seul garant de la vie.

Merci à leur présence qui nous renvoie en miroir notre peur de l’étrange, de l’étranger, de l’inconnu, pas toujours consciente.                                                                                              Étrangers porteurs de trésors : Les apports et richesses d’une culture autre ont toujours été un ferment pour les peuples qui en bénéficiaient. Nous-mêmes ne sommes-nous pas le résultat d’un foule de mélanges de tous ordres ?

Merci à eux pour leur capacité à nous faire sortir de notre torpeur et à remettre en cause certaines lois et options politiques qui bafouent la loi universelle de l’hospitalité et la priorité de la dignité humaine.

Et enfin (mais la liste pourrait s’allonger…) merci pour leur présence qui nous permet d’ouvrir un peu plus notre cœur.

Et puis se pose la question du témoignage à travers le moyen de la peinture, de la poésie, du théâtre etc..

J’ai tenté une transcription de ce thème par le dessin et la peinture mais j’ai finalement renoncé. Trop difficile ! Je ne voulais pas d’images faciles, d’un expressionnisme outrancier ou d’une esthétique déplacée.

A l’exemple des enfants qui chantent les pieds dans la boue, et jouent au milieu des ruines, je prends le parti, avec ce que je sais faire, avec mon désir de beauté et d’harmonie, de contribuer à ma façon à l’élaboration d’un monde habitable.

« à tous les enfants

qui dévorent la vie

pour la vie

avec délice »     Paul Villain

 

18 05 30 (Copier)

 

 

18 05 31 (Copier)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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